La Réutilisation des eaux usées traitées est très peu pratiquée en France (approximativement 1 % des volumes), contrairement à d’autres pays beaucoup plus avancés. Face aux enjeux climatiques, l’idée a fait son chemin petit à petit pour basculer dorénavant dans une « presque urgence attendue », pour répondre aux directives du gouvernement : développer plus de mille projets de REUT sur l’ensemble du territoire d’ici 2027. La valorisation des eaux dites « non conventionnelles » (eaux usées traitées, eaux résiduaires industrielles, eaux de piscine, etc.) concentre toute l’attention.
Le SIARP, en partenariat avec son exploitant Veolia, a fait un premier pas dans cette démarche via la mise en place d’une unité de REUT au sein de l’usine de traitement de Neuville-sur-Oise à l’automne 2024, afin de satisfaire, pour le moment, à des usages internes. « Aujourd’hui, souligne Sébastien LEGRAND, Directeur des services techniques, le Syndicat se pose légitimement la question de savoir si la REUT est un dispositif applicable à une échelle plus grande sur son territoire, à la fois pour un usage interne dans nos stations un peu plus modestes situées dans le Vexin, ou pour répondre à des besoins externes. On entend par là, par exemple, l’arrosage d’espaces verts, le nettoyage des voiries ou le curage de réseaux dans notre secteur d’activité. Notre réflexion doit porter sur le champ des possibles en tenant compte, bien évidemment, de la réglementation qui encadre strictement ces pratiques. Je pense objectivement que Chars, Marines ou la future station de Vigny-Longuesse pourraient prétendre à un tel dispositif, mais nous avons besoin d’un éclairage étayé par une étude d’opportunité sérieuse, confiée à l’entreprise Ecofilae ».
Ecofilae, une quinzaine d’expert.e.s
Société de conseil et d’ingénierie indépendante, pionnière de la réutilisation des eaux en France depuis 2009, Ecofilae regroupe les compétences de quinze ingénieur.e.s expert.e.s sur différents secteurs, qui permettront d’accompagner le SIARP dans sa volonté de réduction d’empreinte eau. Sous son impulsion, l’approche globale impliquera et fédérera l’ensemble des acteurs du bassin concerné : acteurs des territoires, gestionnaires de gisements d’eaux et usagers.
L’étude, qui va se dérouler sur une année, doit permettre d’évaluer la faisabilité technique, environnementale, réglementaire et économique de la REUT à l’échelle du territoire du SIARP.
Milieu naturel, technique, réglementation, investissement : un équilibre à trouver
La volonté du SIARP de mener de tels projets ne doit pas occulter les enjeux majeurs qui y sont associés. Il est primordial de se poser les bonnes questions et il y en a beaucoup… Pourrait-on diminuer le rejet d’eau traitée dans le milieu naturel sans menacer son équilibre et sa qualité ? Quel serait le potentiel de chaque station, de la plus petite à la plus importante ? La REUT sera-t-elle la ressource la plus pertinente pour répondre à des usages internes ou externes à nos stations ? Si ce dernier cas s’avère possible sur notre territoire, à quelle distance du lieu de production pourrait-elle être disponible ? Ou encore, quelle est la responsabilité de la Gouvernance (à savoir le SIARP) sur la qualité de l’eau produite ?
« En milieu rural, par exemple, précise Didier MOERS, Directeur général des services, il pourrait être opportun de pouvoir mettre en place des bornes d’eaux usées traitées pour le remplissage de nos camions d’hydrocurage, au lieu de l’eau potable utilisée. Cela est actuellement possible avec des autorisations et une certaine tolérance, mais finalement, pas très logique en soi. La répartition de nos stations en milieu rural et urbain nous permettrait peut-être d’optimiser cet approvisionnement nécessaire au curage préventif de nos réseaux, qui concerne un linéaire de quarante kilomètres chaque année. Ce qui est sûr, c’est qu’il est de bon sens que la pratique liée à la REUT ne devienne pas plus contraignante que si l’on faisait sans. Il faut que cela se fasse à contrainte égale, voire moindre ».
« Il sera essentiel de trouver des usages structurants, conclut Marjorie KREIS, cheffe de projets à Ecofilae, pour trouver le juste équilibre qui permettra de viabiliser les aménagements à mettre en place sur les différentes stations. Cette étude d’opportunité permettra d’identifier l’éventuelle adéquation entre la localisation des gisements en eaux non conventionnelles et la présence d’usagers structurants consommateurs en eau, telle que les activités agricoles, industrielles ou récréatives, par exemple, comme le golf, tout en caractérisant la qualité d’eau requise réglementairement pour répondre à ces usages. Une autre brique essentielle à la réussite de ces projets de réutilisation réside dans le volet d’acceptabilité de telles pratiques. Notre étude mettra en lumière tous ces aspects qui aideront le SIARP à prendre des décisions éclairées sur les potentiels d’investissements à engager afin de se préparer aux conséquences du changement climatique et de préserver ses ressources en eau potable ».





